Contre-offensive, acte II. Après le vote au Sénat à l’initiative de Roland Ries, le ministre Laurent Wauquiez a réuni hier élus locaux et députés européens sur la question du siège du Parlement européen. Rien de nouveau ni de concret mais les pro-Strasbourg montrent maintenant ostensiblement les dents.
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En sortant de cette salle de réunion du troisième étage du bâtiment Louise Weiss, Roland Ries ne s’attendait peut-être pas à être accueilli par une telle nuée de micros et caméras. Mais le tollé provoqué la veille par les propos de Laurent Wauquiez sur le RSA (lire en page 4) avait attiré plus de médias que la constante bataille du siège du Parlement européen n’en déplace à l’accoutumée.
Etait-ce la raison du large sourire affiché par le sénateur-maire socialiste de Strasbourg ? Ou était-ce « l’unanimité absolue et forte » dégagée lors de ce rendez-vous ?
Une mobilisation qui est «totalement trans-courants»
Autour de la table, il est vrai, figuraient d’ardents défenseurs du siège strasbourgeois du Parlement européen, de tous bords : Laurent Wauquiez (UMP), son collègue ministre et président du conseil régional d’Alsace Philippe Richert (UMP), la députée européenne, ancienne maire de Strasbourg et adjointe communautaire Catherine Trautmann (PS), la sénatrice et ancienne maire de Strasbourg Fabienne Keller (UMP), les députés européens alsaciens Joseph Daul (UMP, président du groupe PPE, lire ci-dessous), Michèle Striffler (Gauche moderne, qui siège avec l’UMP)…
« C’est important d’avoir une mobilisation qui soit totalement trans-courants. Des élus locaux aux députés européens, tout le monde est soudé. C’est important qu’il y ait cette démonstration de volonté », s’est lui aussi réjoui Laurent Wauquiez.
De ce tout cohérent ont donc émergé trois idées. D’abord, montrer un front uni – ça, c’est fait. Ensuite, soutenir l’action judiciaire qu’introduira Paris - « avant le 19 mai », assurait hier le ministre – devant la Cour européenne de Justice contre le regroupement des deux sessions d’octobre 2012 et de celles de septembre 2013, adopté par la plénière en mars dernier ; « Chaque fois (que Strasbourg a dû défendre son siège en justice, ndlr) le droit a été rappelé », s’est souvenu Philippe Richert.
Et, enfin, le prochain contrat triennal (enveloppe financière accordée à Strasbourg pour assumer son statut de capitale européenne), en cours de négociation, appuiera sur la desserte de la ville : liaison en train à grande vitesse avec Luxembourg et amélioration de la desserte des aéroports de Francfort et Bâle-Mulhouse.
Les nouvelles générations sont moins attachées au symbole
Car le basculement de majorité contre Strasbourg en mars dernier n’est pas étranger au fait que le visage de l’hémicycle a changé : depuis 2004 y siègent des députés estoniens, polonais et autres chypriotes dont le temps de transport vers l’Alsace est bien plus long que vers Bruxelles, bien mieux desservie.
Et les nouvelles générations d’hommes et femmes politiques européens seraient, dit-on, moins attachées que leurs aînés au symbole de Strasbourg comme ville de la réconciliation d’après-guerre…
La contre-offensive arrive donc à point nommé, si ce n’est un peu tard.
Mais en fouillant bien cette belle unité, les positions des uns et des autres sont plus décousues.
« L’idée est que l’ensemble du Parlement européen soit à Strasbourg », synthétisait Roland Ries en sortant, s’appuyant sur le principe de séparation des pouvoirs, ici pris au sens géographique : à Strasbourg le législatif, à Bruxelles l’exécutif et à Luxembourg le judiciaire.
Mais pour Laurent Wauquiez, c’est « non. Parce qu’on doit aussi respecter le Luxembourg (siège du secrétariat général du Parlement, ndlr) qui est notre principal allié. Si jamais on leur dit ‘’on a une bonne idée, on récupère tous vos services administratifs à Strasbourg’’ on va se retrouver assez seuls. Il ne faut pas déshabiller Paul pour habiller Jacques, surtout quand Paul est votre ami. »
Mieux vaut avoir Jean-Claude Juncker de son côté
Le Premier ministre voisin, Jean-Claude Juncker, qui avoua en 2005 entretenir avec les institutions strasbourgeoises une relation quasi « érotique », est, en effet, « lui aussi très opposé à cette dérive » bruxellocentriste, résume Catherine Trautmann. Et il compte associer son pays au recours de Paris devant la Cour qui siège, aussi, dans sa capitale.
Si les leaders des 27 Etats membres devaient un jour ouvrir la boîte de Pandore des sièges des institutions et agences européennes, il vaudrait mieux, en effet, avoir le très respecté Jean-Claude Juncker de son côté.
(Source : Dernières Nouvelles d’Alsace, Anne-Camille Beckelynck)